LFL, League of Talents [3/8] — Potent : «Je crois fortement en mon potentiel»
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Ancien streamer rank 1 passé pro en 2023, Mehdi "Potent" Ahmed Bouchaffra s'est rapidement imposé comme l'un des top laners les plus ambitieux de la LFL. Juste avant les playoffs, le top laner de Vitality.bee s'est confié à RFT.GG sur sa transition du stream au pro play, le Winter difficile et le Spring de rebond de l'équipe, sa relation avec Naak Nako et le calendrier très strict qu'il s'est fixé pour percer en LEC.
Avant, t'étais streamer, et ça marchait plutôt bien pour toi. À quel moment tu t'es dit : OK, je veux passer pro ?
En 2023, j'étais arrivé rank 1 et j'avais des objectifs plus grands. Je me demandais : est-ce que je vais refaire le rank 1 ? Je ne savais pas trop quoi faire. Et là je me suis dit : peut-être que je vais essayer de me lancer dans le pro play. C'était un rêve que j'avais depuis enfant, mais avec certaines circonstances, certaines difficultés, j'avais pas pu le faire — c'est pour ça que je suis devenu streamer. Une fois rank 1, je me suis dit : peut-être qu'on peut toujours le faire.
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C'était un choix compliqué ? Ça impliquait de mettre ta carrière de streamer de côté.
C'était compliqué et c'était un sacrifice — parce que je vivais mieux du stream. C'était pas un truc de ouf, mais je vivais mieux du stream que du pro play. Cela dit, en rejoignant Joblife, j'avais un minimum de salaire — c'est pas comme certaines équipes Div2 avec moins de budget. Donc j'ai eu de la chance sur cet aspect. Mais j'ai dû sacrifier beaucoup de progression, beaucoup de la communauté que j'avais créée pendant des années avant de passer pro.
Ça t'a jamais fait peur ? T'as pas de regrets jusqu'ici ?
Pas de regret. Je ne suis pas quelqu'un qui réfléchit beaucoup à ce que je regrette ou pas. La vie est remplie d'opportunités quand tu te laisses ouvert — pro, stream, n'importe quoi. Si je termine ma carrière pro, je peux reprendre le stream, je peux faire tout, n'importe quoi. Du coup, j'ai jamais peur.
C'était quoi le plus gros challenge in-game dans cette transition ? Diversifier ton champion pool ? Passer du solo queue au 5v5 ?
Plutôt le 5v5. Intégrer un style de jeu plus team play et développer les automatismes. Les automatismes, c'est ce qui régit beaucoup ton gameplay — et j'avais beaucoup d'automatismes qui étaient bons en solo queue mais mauvais en pro. Bons pour gratter un kill de plus, une wave de plus en side. En pro play, ces réflexes te coûtent cher.
Tu dirais que solo queue et 5v5 ont rien à voir ? C'est deux jeux différents ?
Ça dépend du rôle. Top lane, il y a beaucoup de similarités — c'est peut-être un des rôles où il y en a le plus. Mais oui, il y a quand même beaucoup de changements, c'est un jeu assez différent en pro play.
C'est quoi la différence principale que tu ressens entre les deux ?
La volatilité. En pro, tu joues de façon structurée et coordonnée peu importe ce que fait l'ennemi. En solo queue, tu peux faire des stratégies basées sur l'erreur de l'ennemi, sur le fait qu'il y aura beaucoup de fights, beaucoup de conneries. Par exemple en soloQ, je joue Fiora ADC, je fais 20 kills par game. En pro, c'est sûr que si je joue Fiora ADC, on va me respecter, on fera plus attention.
J'ai vu que t'as joué une Fiora récemment. Elle est plus open en draft, ou c'est toujours quasi impossible pour toi de l'avoir ?
Un peu plus open. Mais je pense que la méta ne l'arrange pas du tout — il y a tellement de persos range maintenant, les Jayce, les Aurora, les Anivia, les Varus. C'est pas une méta Fiora. Elle préfère les bruisers, voire les tanks. Donc la méta ne lui va pas.
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Press The Attack, ça passe pas ?
PTA, ça suffit pas. Tant que les range prennent leur Swifties first item et te kite jusqu'à la mort, tu peux rien faire. C'est terrible. Surtout Aurora, Jayce, Varus. J'en ai marre.
Dès ta deuxième année en Div2 avec Esprit Shonen, on voyait déjà que t'avais une longueur d'avance sur les autres top laners. Tu te sentais intouchable à ce moment ?
Ça va. Je savais que la Div2 c'était pas un niveau de ouf, et que je battais des joueurs qui n'avaient pas beaucoup d'XP, ou qui n'étaient pas très investis dans le jeu. Maintenant en LFL, je vois beaucoup d'erreurs que j'ai. Mais honnêtement, je suis assez confiant en mon niveau, même en LFL — parce que je joue contre de très bons joueurs, et même contre des joueurs LEC en sparring ou en solo queue, je vois leur niveau et je me dis : en vrai, le gap est pas si gros.
Quand t'es passé en LFL, t'avais le choix entre plusieurs équipes. Qu'est-ce qui t'a fait aller chez Vitality ?
Le projet. L'équipe, le coaching staff, l'infrastructure, le fait que c'est une équipe académique qui forme des joueurs. Ça m'a beaucoup intéressé, parce que
Mon but, c'est évidemment d'aller en LEC, de jouer pour le titre, de participer aux événements internationaux.
Comment t'expliques le premier split compliqué ? Vous finissez top 10. Tu t'y attendais ? J'ai vu qu'il y a eu un changement d'ADC en fin de premier split — c'était le constat interne, qu'il fallait swap pour mieux perf ?
Je m'attendais pas à un top 10. Personne ne s'y attend. On s'attendait à mieux. On avait beaucoup de problèmes, mais dire que c'était la faute de l'ADC, ce serait mauvais — c'est un élément. En tant qu'équipe, on n'était pas très coordonnés, pas sur la même page, et ça se voyait dans notre gameplay. Avec le changement d'ADC, ça allait mieux, mais ce n'est pas le seul changement. Les gens disent : "ils ont mal perf avec cet ADC, bien perf avec cet autre" — alors qu'il y a beaucoup d'autres choses qui se passent en parallèle.Yakkey est fort et nous apporte beaucoup, mais c'est pas la seule raison du début de Winter difficile.
C'est quoi les autres choses sur lesquelles vous avez bossé entre les splits ? Vos principales faiblesses que vous avez essayé de fixer ?
On a vraiment travaillé nos fondamentaux, développé des automatismes et été disciplinés et rigoureux dessus. On n'était pas très bons là-dessus au Winter — pas hyper rigoureux, parfois des petites conneries. Cette saison, il y en a eu quelques-unes, mais beaucoup, beaucoup moins. C'était notre plus gros focus.
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Les objectifs de l'équipe, c'est tout gagner, ou step by step ? Il y a encore des équipes indélogeables en ERL ?
Honnêtement, on est une équipe qui se construit couche par couche, et qui va très très fortement scale. Là tout de suite, on est dans une phase où on peut battre des Solary, des Galions, des top équipes. Évidemment, notre but c'est de tout gagner — la LFL, l'EMEA — et honnêtement on peut même viser le summer. Comme on est une équipe qui scale, je pense qu'on a déjà le niveau pour gagner maintenant, mais on va encore s'améliorer pour le summer. Ça sera encore mieux.
Il y a aussi Naak Nako dans l'équipe principale Vitality, que beaucoup considèrent déjà comme le meilleur top laner européen. Tu lui demandes parfois conseil ? Vous vous entrainez ensemble ?
Ouais, parfois. Je lui demande conseil, je regarde ses VOD, je vois ce que je peux prendre, ce que je peux apprendre. Des petites choses. C'est une chance d'être chez Vita — je suis dans l'académie de l'équipe LEC qui a un des meilleurs top laners d'Europe, si ce n'est le meilleur. Il n'y a pas énormément de back and forth, mais de temps en temps quelques questions, ça va.
Comment tu vois la suite de ta carrière ? T'as un plan ? T'envisages de retourner au stream si jamais la LEC ne vient pas dans un ou deux ans ?
Honnêtement, le but que je me suis fixé en début d'année, c'est de passer en LEC l'année prochaine. C'est dur comme objectif, surtout que je trouve que je perf pas à mon max. Mais j'ai beaucoup de qualités — il faut juste que j'enlève certaines mauvaises choses. Mes qualités peuvent m'amener à un niveau qui contest avec du bottom-mid LEC. C'est juste les mauvaises parties que je dois enlever. Donc oui, mon plan c'est de passer en LEC l'année prochaine. C'est mon but.
Si je reste en ERL encore un ou deux ans, je pense que j'arrêterai.
Je suis pas quelqu'un de très jeune, j'ai pas le temps de rester longtemps dans le système ERL. J'ai d'autres ambitions, je trouve que la vie ne se limite pas qu'à ça — il y a plein de trucs que je peux faire. Donc peut-être je repartirais dans le stream, je ferais des petits trucs pour le content, en parallèle je bosserais sur d'autres projets entrepreneuriaux. Je suis prêt à tout — j'ai plein d'idées dans la tête, plein de trucs que je voudrais faire, qui me passionnent. Pour l'instant, mon énergie est canalisée dans LoL. Elle pourrait l'être dans n'importe quoi. Et oui, mon but c'est la LEC l'année prochaine.
Photo Credit: Team Vitality
Ce serait une déception si tu ne passais pas par la case LEC avant d'arrêter ?
Ouais, je pense. Parce que je pense que j'en suis capable. J'en suis capable, mais même plus que ça honnêtement. C'est dur d'en parler en détail là, il me faudrait plus de temps, mais je pense que je suis quelqu'un avec beaucoup de potentiel. Je crois fortement en mon potentiel — il faut juste que j'arrive à me mettre dans la bonne routine, les bons automatismes. C'est un truc que j'arrive à faire, mais à cause de certaines circonstances, j'ai eu plus de difficultés, notamment cet hiver et un peu en début de Spring. Là je sens que je reprends en marche et que je suis à mon prime — sommeil, sport, mentalement, dans le jeu. Je sens que je reprends un niveau qui me plaît. Si j'arrive à maintenir ça et continuer à m'améliorer de façon stable — on a une bonne équipe, un bon coaching staff, un bon staff en général.
Si tu restes dans cette dynamique, t'as pas de doute ?
Ouais, le doute ne vient pas.
Si je reste là-dedans et que je continue jusqu'au summer, le doute ne vient pas. La LEC devient une suite naturelle de ça.